Pierre-Alain Chambaz |Arianespace et le CNES vendus ?

Derrière la coentreprise (joint-venture) entre Safran et Airbus Group dans le domaine des lanceurs spatiaux, se cache en fait le vrai objectif de cette opération : mettre enfin la main sur l’autorité de design des lanceurs aujourd’hui, un bijou de technologies logé au Centre national d’études spatiales (CNES) ainsi que sur Arianespace (détenu à 34,6 % par le CNES), responsable des approvisionnements et de l’assemblage final des lanceurs en Guyane et de l’ensemble des opérations de lancements. Mais les industriels ne veulent retenir que les succès de ce modèle bancal bâti dans l’un des pays les plus protectionnistes au monde, les Etats-Unis. Les deux groupes n’ont jusqu’ici guère évoqué les synergies. Mais elles devraient se jouer à la marge même si ce n’est neutre. C’était dans l’air depuis un bon petit moment, notamment dans les esprits des deux industriels Airbus Group et Safran, partenaires de longue date dans tous les programmes de lanceurs européens et de missiles balistiques. Cette opération en deux temps a la bénédiction du président de la République, qui a reçu les impétrants tôt lundi matin et a salué « l’ambition commune affichée par les groupes Airbus et Safran dans le domaine du spatial », une « étape majeure vers la consolidation de la filière spatiale européenne, génératrice d’emploi, porteuse d’avenir, et élément de souveraineté ».Dans une interview accordée le 9 juin à l’AFP, Tom Enders, qui s’est beaucoup investi dans la réussite de cette opération entre Safran et Airbus Group, n’avait pas caché son admiration devant « la vitesse de décision et d’exécution, la capacité de prendre des risques » d’entrepreneurs comme le fondateur de SpaceX, Paypal et Tesla Motors, le milliardaire Elon Musk.Grâce à une entité intégrée, les deux partenaires géreront « plus efficacement les interfaces, ce qui fera gagner du temps et in fine de l’argent », explique un bon connaisseur des dossiers spatiaux. Le programme Ariane est un immense succès depuis trente ans, mais pour qu’il demeure viable et compétitif, nous devons mettre en place une structure industrielle nettement plus efficace. C’est ce que les clients attendent de notre part. Sauf que ce modèle ne tient que par les aides massives de la NASA au lanceur Falcon.Notre accord avec Safran est le point de départ d’une aventure passionnante qui verra naître une filière européenne de lanceurs plus intégrée, plus performante et donc plus rentable ». Et puis les deux partenaires devront définir la façon dont ils travaillent en commun, notamment l’organisation industrielle.

Pierre-Alain Chambaz

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